Retrofit de moteur : transformer une voiture thermique en électrique sans se ruiner
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Retrofit de moteur : transformer une voiture thermique en électrique sans se ruiner

Vous avez peut-être déjà croisé ces vidéos hypnotisantes où une vieille 205, une Twingo ou même une 2CV démarre dans un silence total… parce qu’on lui a greffé un moteur électrique. Un peu comme si votre voiture préférée sortait d’une cure de jouvence, prête à affronter les zones à faibles émissions sans tousser à chaque feu rouge.

Le nom de cette petite révolution : le retrofit. Et, bonne nouvelle, ce n’est plus un fantasme de bricoleur génial dans son garage. En France, c’est légal, encadré, et de plus en plus accessible. Mais est-ce vraiment un bon plan pour « passer à l’électrique » sans y laisser un rein (et éventuellement votre sens pratique) ?

Installez-vous, on va parler chiffres, plaisir de conduite, paperasse administrative… et avenir de vos vieilles voitures.

Pourquoi transformer plutôt que remplacer ?

Avant de plonger dans les détails techniques, une question simple : pourquoi garder une voiture thermique pour la transformer au lieu d’en acheter une électrique neuve ?

Plusieurs raisons reviennent souvent chez ceux qui se lancent :

  • Attachement à la voiture : une petite Clio qui a traversé les années, une vieille Mini, la 206 qui vous a emmené partout à la fac… difficile de s’en séparer.
  • Écologie pragmatique : au lieu de faire produire une nouvelle voiture (avec tout ce que cela implique en termes de ressources), on réutilise une base existante et on change seulement ce qui pollue le plus.
  • Accès aux ZFE sans changer de vie : dans certaines villes, les voitures Crit’Air 3, 4, 5 et bientôt 2 sont dans le viseur. Le retrofit permet de garder son véhicule, tout en devenant Crit’Air 0.
  • Simplicité d’usage : plus de vidanges, plus d’embrayage, moins de pièces en mouvement, donc moins d’entretien pénible (et coûteux).

En résumé, le retrofit, c’est un peu comme garder sa maison de famille, mais en y ajoutant une bonne isolation et une pompe à chaleur. On garde l’âme, on change le moteur.

Retrofit, c’est quoi exactement ?

Techniquement, le retrofit électrique, c’est le fait de retirer le moteur thermique (essence ou diesel) et tout ce qui va avec, pour le remplacer par :

  • un moteur électrique,
  • des batteries,
  • un contrôleur (le « cerveau » qui gère la puissance),
  • et l’électronique nécessaire pour dialoguer avec le reste de la voiture.

En France, depuis 2020, tout cela est strictement encadré : les kits doivent être homologués, et l’installation doit être réalisée par un professionnel agréé. Oubliez donc l’idée de bricoler ça un week-end avec un tuto YouTube et un ami motivé.

Une fois la transformation effectuée et validée, la carte grise est modifiée : votre voiture passe dans la catégorie électrique (énergie « EL »), avec à la clé une vignette Crit’Air 0.

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Ce n’est pas juste un swap de moteur : c’est une re-naissance administrative et technique de votre véhicule.

Combien ça coûte vraiment ?

C’est souvent là que l’enthousiasme commence à transpirer un peu. Parce que oui, le retrofit, ce n’est pas encore « low cost ».

En pratique, les tarifs constatés en France tournent autour de :

  • 8 000 à 12 000 € pour des petites citadines simples (Twingo, Clio, 205…)
  • 12 000 à 20 000 € pour des véhicules plus lourds ou plus complexes (utilitaires, 4×4, voitures haut de gamme anciennes)

Ces prix incluent généralement :

  • le démontage complet de la partie thermique (moteur, échappement, réservoir, etc.)
  • la fourniture du kit électrique (moteur + batteries + électronique)
  • la main-d’œuvre et l’adaptation mécanique
  • les démarches d’homologation et administratives

Oui, c’est un budget sérieux. Mais il faut le comparer à quoi ?

  • Une voiture électrique neuve basique démarre souvent autour de 25 000 à 30 000 € (avant aides).
  • Une bonne occasion électrique récente tourne souvent autour de 14 000 à 20 000 €.

Dans certains cas – notamment si vous êtes attaché à votre voiture, si elle est en bon état de carrosserie et de châssis, et si vous vivez en ville ou périurbain – la transformation peut devenir économiquement cohérente, surtout avec les aides.

Les aides financières en France

L’État français a vu dans le retrofit un levier pour accélérer la transition, surtout dans les zones à faibles émissions. Résultat : il existe des aides spécifiques, qui peuvent venir s’ajouter à d’autres dispositifs.

Selon votre situation (revenus, localisation, usage), vous pouvez potentiellement bénéficier de :

  • Une aide nationale au retrofit (montant variable dans le temps, souvent autour de quelques milliers d’euros pour les particuliers),
  • Éventuellement de la prime à la conversion si certaines conditions sont réunies,
  • Des aides régionales ou locales (certaines métropoles ou régions ajoutent une couche d’aide pour encourager le retrofit électrique, notamment pour les véhicules professionnels ou les habitants de ZFE),
  • Des avantages annexes : carte grise gratuite ou quasi gratuite dans beaucoup de régions pour les véhicules électriques, stationnement résidentiel parfois moins cher, etc.

Comme ces dispositifs changent régulièrement, une seule règle : avant de signer quoi que ce soit, appelez l’installateur et demandez un récapitulatif des aides mobilisables au moment T. Les bons professionnels sont généralement très à jour sur le sujet et peuvent même vous accompagner dans les démarches.

Quels véhicules se prêtent le mieux au retrofit ?

Tout ne se retrofitte pas avec la même facilité. En pratique, les entreprises se concentrent sur des modèles qui répondent à plusieurs critères :

  • Poids raisonnable : plus une voiture est lourde, plus il faut de batterie pour une autonomie décente, et plus c’est cher.
  • Châssis en bon état : convertir une voiture rouillée jusqu’aux os n’a pas grand sens, même si vous y tenez sentimentalement.
  • Base simple et répandue : plus un modèle est courant, plus un kit spécifique et homologué a des chances d’exister.

Les candidates idéales pour un retrofit accessible sont souvent :

  • Des petites citadines (Clio, Twingo, 205, Saxo, 106, Fiat 500 ancienne, etc.),
  • Des petites voitures familiales au gabarit raisonnable,
  • Des utilitaires légers pour les pros (Renault Master, Trafic, Jumper, etc.), très prisés pour continuer à entrer en ville tout en gardant le même véhicule.
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Et puis il y a les cas « coup de cœur » : un combi Volkswagen, une ancienne sportive, une voiture de collection. Là, le retrofit est moins un calcul de rentabilité qu’un choix passion.

Comment se passe la transformation, étape par étape

Mettons les mains (propres) dans le cambouis imaginaire et voyons comment se déroule un retrofit typique.

1. Diagnostic et faisabilité

L’installateur examine votre voiture : châssis, freins, direction, corrosion, état général. Il vérifie aussi s’il existe un kit homologué pour votre modèle ou un modèle très proche.

2. Devis détaillé

Vous obtenez un devis avec :

  • le coût du kit,
  • la main-d’œuvre,
  • les démarches d’homologation,
  • les éventuels travaux annexes (freins à renforcer, pneus à remplacer, etc.).

3. Démontage de l’ancien moteur

Le garage retire : moteur, réservoir, échappement, pot catalytique, parfois la boîte de vitesses (ou elle est conservée selon les kits). On allège la voiture et on fait de la place.

4. Installation du nouveau cœur électrique

Le moteur électrique est installé, les batteries trouvent leur place (souvent à l’emplacement du réservoir ou du moteur, parfois sous le plancher), et toute l’électronique est raccordée.

5. Tests et réglages

Avant de vous rendre les clés, l’installateur fait des essais, vérifie la sécurité, la capacité de freinage, la réaction de la voiture. Il peut aussi adapter l’affichage au tableau de bord (jauge de batterie au lieu du niveau d’essence, par exemple).

6. Homologation et nouvelle carte grise

Le véhicule passe par une procédure d’homologation (UTAC, DREAL, etc., selon les cas). Une fois validé, la carte grise est modifiée, vous devenez officiellement propriétaire d’une voiture électrique.

Temps total ? Selon l’atelier et le modèle, comptez en général quelques semaines (entre la prise de rendez-vous, les démarches, la transformation et l’homologation).

Les points à vérifier avant de se lancer

Avant de signer pour un retrofit, quelques questions à vous poser, café à la main :

  • Mon usage quotidien est-il compatible avec l’autonomie proposée ?
    Les kits retrofit offrent souvent des autonomies de 80 à 200 km selon la taille de la batterie et le type de véhicule. Pour des trajets maison–travail, courses, sorties urbaines, c’est généralement suffisant. Pour des vacances à l’autre bout de la France, c’est… moins fluide.
  • Ai-je un moyen simple de recharger ?
    Une prise renforcée à la maison (ou au travail) change tout. Sans solution de recharge régulière, même la meilleure voiture électrique devient une source de stress.
  • La voiture en vaut-elle la peine ?
    Carrosserie saine, pas d’accident grave dans son passé, châssis correct : sinon, mieux vaut peut-être partir sur une autre base ou une occasion électrique.
  • L’installateur est-il agréé et expérimenté ?
    Cherchez :
    • un professionnel référencé officiellement,
    • avec des réalisations concrètes (photos, témoignages),
    • et une transparence sur les performances attendues (autonomie réelle, temps de recharge, etc.).
  • Et l’assurance dans tout ça ?
    Côté assureur, c’est une nouvelle voiture, administrativement parlant. Prévenez votre compagnie, transmettez les documents d’homologation et vérifiez si la prime change. Certains assureurs apprécient les véhicules électriques… d’autres moins.
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Retrofit ou voiture électrique d’occasion ?

C’est souvent le vrai dilemme. Entre une Clio retrofittée et une Zoé d’occasion, par exemple, qui gagne ?

Quelques éléments de comparaison :

  • Prix
    Selon les aides et le modèle, le retrofit peut revenir à un coût proche d’une voiture électrique d’occasion récente. Tout se joue sur votre véhicule de départ et les aides mobilisables.
  • Technologie
    Une électrique d’occasion récente aura parfois plus d’options :
    • charge rapide,
    • aides à la conduite,
    • écran multimédia moderne,
    • meilleure intégration logicielle.

    Un retrofit, lui, mise sur la simplicité : on garde l’ADN de l’ancienne.

  • Autonomie
    Les électriques d’occasion ont souvent des autonomies plus élevées, surtout sur route. Un retrofit est souvent pensé pour un usage urbain ou périurbain.
  • Impact écologique
    Retrofit : on évite la mise à la casse d’un véhicule et la production complète d’un nouveau. Électrique d’occasion : on optimise la durée de vie d’une voiture déjà produite. Dans les deux cas, le bilan peut être intéressant, mais le retrofit a un côté « anti-gaspillage » très marqué.
  • Attachement et plaisir
    Rouler dans « sa » vieille voiture transformée en électrique a un charme très particulier. On a l’impression de voyager dans le temps avec une prise Type 2 au bout du voyage.

Si vous cherchez la solution la plus rationnelle, orientée confort moderne, l’électrique d’occasion garde souvent l’avantage. Si vous voulez un compromis entre transition écologique, attachement à votre voiture et accès aux ZFE, le retrofit devient très séduisant.

Et demain : le retrofit comme nouvelle vie de nos voitures ?

On oublie parfois que la voiture moyenne en Europe reste en circulation plus de 10 ans, souvent bien plus. Derrière chaque véhicule qui finit à la casse, il y a des tonnes de matériaux encore en état de servir.

Le retrofit s’inscrit dans cette logique : prolonger la vie des objets au lieu de systématiquement les remplacer. Un réflexe qu’on commence déjà à avoir avec les vêtements, les meubles, les appareils électroniques… Pourquoi pas avec les voitures ?

Les choses bougent :

  • de plus en plus d’entreprises se spécialisent dans le retrofit,
  • des kits apparaissent pour des modèles variés,
  • les collectivités commencent à y voir un outil pour aider artisans et particuliers à s’adapter aux ZFE sans changer tout leur parc.

On peut tout à fait imaginer, dans quelques années, un marché de l’occasion où l’on aura le choix entre : « Clio diesel 2014 » et « Clio 2014 retrofittée électrique », un peu comme on choisit aujourd’hui entre un logement énergivore et un autre rénové.

Alors, est-ce que le retrofit de moteur est la solution miracle pour tout le monde ? Non. Mais pour certains profils – urbains, périurbains, artisans, amoureux de leur voiture et lassés des pompes à essence – c’est une porte de sortie élégante et cohérente.

Si votre vieille compagne de route mérite une seconde vie, le retrofit peut être l’occasion de la voir repartir, silencieuse et sans fumée, sur les routes de votre quotidien. Et peut-être que, la prochaine fois que vous croiserez une vieille 205 qui démarre sans un bruit, vous vous demanderez : « Et si la prochaine, c’était la mienne ? »