Une oreille bouchée à l’autre bout du monde : pourquoi ça arrive (toujours) au mauvais moment
Vous êtes à Bali, les pieds dans le sable, cocktail à la main, quand soudain… un silence pas du tout spirituel s’installe dans votre oreille droite. Pas de vague. Pas de cri de mouettes. Nada. C’est votre appareil auditif qui fait des siennes. Bouché, muet, comme en grève. Autant dire que ça tombe mal – parce qu’un temple hindou en mode Dolby Surround, c’est quand même plus magique. Que faire dans ce genre de situation, loin de chez soi et de son audioprothésiste bien-aimé ? Pas de panique, on souffle un bon coup (par le nez, bouche fermée, technique de Valsalva dixit les plongeurs), et on lit ce qui suit.
Comprendre pourquoi votre appareil auditif peut se boucher à l’étranger
Première chose à savoir : un appareil auditif, même les plus futés, n’a pas de GPS émotionnel. Il ne sait pas que vous êtes en voyage. Il peut donc caler comme une vieille Fiat Panda au moment où vous en avez le plus besoin.
En pratique, plusieurs facteurs peuvent expliquer qu’un appareil auditif devienne aussi silencieux qu’un chat qui médite :
- Accumulation de cérumen : en avion ou en climat humide, les oreilles peuvent produire plus de cérumen. Ce dernier vient alors bloquer l’embout ou le filtre de votre appareil.
- Humidité ambiante : dans les pays tropicaux, l’humidité peut altérer le fonctionnement des composants électroniques ou faciliter la condensation à l’intérieur de l’appareil.
- Chaleur extrême : elle peut ramollir les embouts, provoquer de la transpiration excessive, ou simplement ralentir la batterie.
- Changement de pression : notamment en avion ou en altitude, il peut perturber les conduits auditifs et engendrer une sensation de bouchon.
Et puis, soyons honnêtes : un appareil auditif vit lui aussi des aventures en voyage. Il explore votre trousse de toilette, prend des bains de vapeur dans la salle de bain de l’hôtel, fait des sprints sur la plage… Bref, il travaille, lui aussi.
Les gestes à adopter (même les plus inattendus)
Alors, que faire quand on se retrouve soudainement avec une oreille “off” à Tokyo, Lisbonne ou Marrakech ? Voici des réflexes simples (testés en condition réelle… ou presque) :
- Retirez l’appareil et inspectez-le doucement : est-ce que l’embout est plein de cérumen ? Le filtre est-il encrassé ? Un simple nettoyage peut parfois régler le problème.
- Nettoyez avec ce que vous avez sous la main : si vous n’avez pas de kit spécifique, un mouchoir propre (non parfumé) ou un cure-dent en bois peut, avec précaution, déloger une petite accumulation.
- Évitez l’eau à tout prix : le réflexe n°1 serait de vouloir “rincer” ou “souffler”. Mauvaise idée. Encore moins en mer ou sous la douche chaude.
- Utilisez un sèche-cheveux en mode tiède : sans approcher l’appareil à plus de 40 cm, cela peut aider en cas d’humidité interne (sauf si vous êtes au Sri Lanka sous 38°C et 95 % d’humidité… là, on pleure un bon coup et on passe au paragraphe suivant).
Astuce d’habitué·e : n’oubliez pas que certaines pharmacies – même à l’autre bout du monde – peuvent vous dépanner avec des outils de base comme des lingettes désinfectantes, des pinces à épiler fines ou des cotons tiges spécifiques. Souriez, articulez bien, et montrez l’appareil en question, vous serez surpris de voir à quel point la solidarité auditive peut traverser les frontières linguistiques.
Kit de survie pour oreilles internationales
Au moment de faire sa valise, penser à sa santé auditive n’est pas le réflexe numéro un. (On est souvent davantage préoccupé par le nombre de shorts ou la couleur du maillot.) Et pourtant, quelques grammes de prévention peuvent éviter des kilos d’angoisse. Voici ce que j’emporte toujours dans ma trousse de voyage :
- Un kit de nettoyage miniature : brosse, outil d’extraction de cire, petits chiffons secs.
- Plusieurs filtres de rechange compatibles avec mon modèle d’appareil.
- Une boîte anti-humidité ou capsule déshydratante, surtout si partance pour un climat humide.
- Des piles supplémentaires ou le chargeur, bien sûr (et l’adaptateur si voyage hors Europe !).
- Le manuel d’entretien et d’utilisation… ou une photo du modèle exact pour expliquer en cas de dépannage local.
Une fois, en plein trek dans les Andes, mon appareil a cessé de fonctionner. Grâce à un filtre que j’avais glissé distraitement dans une chaussette (ne me demandez pas pourquoi), j’ai pu le réparer dans l’abri d’un berger local. Comme quoi, même les chaussettes peuvent être solidaires quand on est bien préparé.
Trouver de l’aide sur place : pas si compliqué
“Oui mais je suis perdu.e, je ne parle pas la langue, et je n’ai pas Google Traduction parce que j’ai oublié de télécharger la carte en mode offline…” (Oui, cette situation m’est déjà arrivée… à Rotterdam… par temps de pluie.)
Respirez. Globalement, les grandes villes ont toujours :
- Des centres auditifs (recherchez “hearing aid center” ou “audioprothèse” dans la langue locale sur Google Maps).
- Des pharmacies équipées, notamment dans les aéroports ou les grandes chaînes européennes (type Boots, DM, Watsons).
- Des hôpitaux ou services ORL qui peuvent, au minimum, effectuer un nettoyage d’oreille ou un diagnostic basique.
Petit plus : certaines marques d’appareils auditifs (Phonak, Oticon, Starkey…) proposent des applications pour localiser les centres agréés à proximité. À consulter avant le départ, pour éviter le jeu de piste en Birmanie.
Prévenir plutôt que guérir : quelques gestes simples pour mieux partir
À force de galères auditives tropicales, j’ai fini par adopter quelques habitudes avant le décollage :
- Faire un nettoyage pro avant de partir : un rendez-vous chez mon audioprothésiste, c’est un peu mon brushing d’avant-vacances à moi. Check complet, nettoyage, changement de filtres, test de batterie.
- Apprendre quelques mots-clés dans la langue locale : “aide”, “appareil auditif”, “piles”, “bouché”, “problème” – ça peut sauver une discussion en langage des signes improvisé.
- S’assurer d’avoir une solution de secours : un vieil appareil de rechange, ou une oreillette côté oreille valide si je dois prendre le téléphone.
- Mettre les numéros importants dans mon téléphone : le SAV de mon audioprothésiste, le contact d’un proche qui saura m’aider à distance… et même une note écrite dans ma pochette de passeport.
Vivre son voyage pleinement, même avec un silence involontaire en stéréo
Oui, perdre l’usage de son appareil auditif pendant un voyage peut être décourageant. Mais – comme j’en ai fait l’expérience à Rome, à Séville, puis à Kyoto – cela pousse souvent à ralentir, à s’adapter autrement. Lire sur les lèvres, observer les gestes, s’immerger dans les sons ambiants “nus” : c’est une autre forme d’écoute du monde. Et puis… quelle belle excuse pour demander à son voisin de table de répéter sa commande trois fois. On crée du lien, on rit, et parfois, on obtient un dessert en plus.
L’important, c’est de garder en tête que le silence d’un appareil auditif n’est jamais une fin en soi. Avec un peu d’astuce, beaucoup d’humour et une ou deux astuces glanées ici (merci à vous de les avoir lues jusqu’au bout), on finit toujours par retomber sur ses oreilles – même à 10 000 kilomètres de chez soi.

